Bernard Ennesser : une enfance marquée par la guerre

Alsacien, cet homme aujourd’hui âgé de 75 ans, a vécu son enfance durant la seconde guerre mondiale. Entre rires et peines il nous dresse un bilan de sa vie marquée par l’effroi de la guerre. 

Le conflit 

Lorsque la guerre commence, en 1939, il n’a que sept ans. Transféré à Périgueux à cause du conflit, il n’a pas la possibilité d’aller à l’école, les professeurs étant incorporés dans l’armée. A cette époque une rivalité se fait sentir entre l’Alsace et le reste de la France, « pour les français de l’intérieur, les français d’Alsace étaient considérés comme des « Boches ». L’année suivante, il rentre en Alsace. Le retour à Strasbourg est fêté par les Allemands, « Ils nous accueillaient en grand nombre ». Il reprend donc l’école dès l’âge de huit ans, mais l’absence d’enseignants français l’oblige à suivre les cours dans un établissement allemand. Pour gagner de l’argent il aide sa mère. Il travaille à ses côtés dans une petite épicerie. Chaque jour il doit faire plusieurs kilomètres à vélo pour alimenter le magasin en marchandises. « Un jour sur le chemin du retour pour l’épicerie, des bombardiers alliés ont attaqué des batteries anti-aériennes allemandes près du centre ville. Je passais à bicyclette. Les soldats m’ont tiré dans le fossé. Une fois l’alerte levée, je suis reparti à la maison. Sans eux je serais mort ». 


La libération 

Triste quotidien pour cet enfant, dont les seules distractions étaient de jouer à la guerre, « Lors de la libération, il y avait des chars sur la place de la République. On a traîné les corps hors des chars dans le palais du Rhin, puis on y a récupéré des objets de ces soldats ». L’Alsace libérée, le 23 Novembre 1945, il quitte l’école allemande. Ce jour reste pour lui un souvenir qu’il n’oubliera jamais, « C’était l’euphorie, nous montions sur les chars, les gens avaient fabriqué des drapeaux, c’était encore même plus fort en Alsace. Les anciens avaient la nostalgie de la France d’avant, ils attendaient ça depuis 39 ». A l’âge de 14 ans, il peut parler enfin le Français. « Partout dans les écoles se trouvaient des panneaux sur lesquels était inscrit : c’est chic de parler français. ». Après à peine 6 mois de cours en Français, il obtient son certificat d’études. Il se lance alors dans l’apprentissage du métier d’épicier en décrochant son CAP. A peine sorti de l’enfance le jeune homme doit trouver des petits boulots pour gagner sa vie. Jusqu'à sa majorité, il va faire plusieurs petits jobs, «J’ai été fleuriste, je portais les bouquets de lys pour les couronnes mortuaires. J’ai également travaillé pour un brocanteur, je l’aidais notamment à livrer les pièces de brocante ». 


Pas de regrets 

Il fait ensuite son service militaire pendant un an et demi jusqu’en 1952. 55 ans plus tard, c’est en homme heureux de vivre qu’il se confie : « Je n’ai pas de regrets, j’ai tout fait pour me débrouiller seul et pour gagner de l’argent sans rien demander à personne ». Retiré aujourd’hui dans le sud où il vit au côté de sa femme, Charlotte, il partage ses souvenirs avec ses petits enfants. Le temps a passé et il est bien conscient de ce que traverse la jeunesse de nos jours. Toutefois le souvenir de son enfance l’aide à relativiser : « On a eu nos difficultés, chaque génération à ses problèmes. Il faut faire avec. On a vécu quand même ! ».

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